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3rd generation de Grandpré: Colin, incoming CWC has all the tools to make a difference

Feature photo: From the left: 27543 OCdt Colin de Grandpré, RMC Class of 2019; 18614 Major (Ret.) Paul de Grandpré, RMC Class of 1993; and 7257 Colonel (Ret.) Michel de Grandpré, RMC Class of 1968.

-1, 25 and 50 years from graduation, respectively.

Essay: Grant Memorial Prize / Le prix commémoratif lieutenant-colonel Leroy Fraser Grant

Colin de Grandpré

Colin de Grandpré the incoming Cadet Wing Commander is the 2018 winner of The Lieutenant-Colonel Leroy Fraser Grant Memorial Prize – which is awarded to the student of any year who, in open competition, submits the best original essay on an international topic other than Canada or the Commonwealth.

The presentation took place at the Convocation this past Thursday, 17 May.

Le prix commémoratif lieutenant-colonel Leroy Fraser Grant – est décerné, à la suite d’un concours ouvert à tous les élèves, à l’auteur du meilleur essai sur un sujet qui ne porte ni sur le Canada, ni sur le Commonwealth.

***

Leur place dans le combat : la participation féminine dans la Résistance intérieure française

Je tiens à remercier la professeure Marie-Michèle Doucet, PhD pour sa direction et son appui.

            22 juin 1940. Une délégation française, menée par le général Charles Huntziger, signe un armistice déclarant la reddition de la France aux forces d’Adolf Hitler. Cet armistice, qui met fin à plus d’un mois de combats féroces entre les forces allemandes et les forces alliées, marque également le début de l’occupation nazie de la France. L’Occupation : terme lourd de sens pour la France, qui entre 1815 et 1918 est occupée par la Prusse et par l’Allemagne à trois reprises. L’Occupation, la défaite, l’humiliation—ces mots deviennent synonymes pour la France[1]. Il est comprenable, alors, que la défaite de 1940 passe mal auprès de certains Français et Françaises[2]. Avant même la signature de l’armistice par le gouvernement du maréchal Pétain, le général Charles de Gaulle, alors peu connu, s’adresse à la France depuis son territoire d’exil à Londres : « Quoiqu’il arrive, déclare-t-il, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas »[3].

            L’appel de Charles de Gaulle marque en quelque sorte la naissance de la Résistance intérieure française, qui sera active de l’armistice à la Libération, soit de 1940 à 1944. Cette résistance comprend une vaste gamme de réseaux secrets, de mouvements et de groupes politiques, souvent peu organisés et peu unifiés entre eux, dont les actes passent de la diffusion de propagande antiallemande au sabotage et à la guérilla contre les forces de l’Occupation. Depuis 1945, l’histoire de la Résistance a été contée et étudiée extensivement, même mythologisée : en ayant dérouté l’envahisseur allemand, la Résistance s’est incorporée à l’imaginaire national de la France insoumise et victorieuse; elle est devenue, en quelque sorte, un moyen d’effacer l’humiliation de la défaite de 1940[4]. Cependant, il ne faut négliger que la Résistance n’était pas un phénomène exclusivement masculin, malgré les liens étroits qui rattachaient à l’époque la guerre et l’identité masculine[5]. Lucie Aubrac, résistante à Lyon, raconte en 1944: « La guerre est l’affaire des hommes. Mais les Allemands qui ont menacé des femmes et asphyxié des enfants ont fait que cette guerre est aussi l’affaire des femmes […] Nous, les femmes de France, avons dès l’armistice pris notre place dans le combat »[6].

            Ce texte vise à décrire brièvement la participation des femmes dans la Résistance française, un phénomène largement occulté dans l’histoire française[7]. Des 1 038 personnes ayant reçu le titre de Compagnon de la libération depuis 1940, on ne compte que six femmes, soit moins de 6% des titres[8]. Pourtant, les femmes constituent entre 15 et 20% des effectifs de la Résistance, ainsi qu’un pourcentage comparable des personnes déportées ou exécutées pendant la guerre. Il serait donc juste de dire que les femmes résistantes sont l’objet d’une sous-représentation catégorique dans l’historiographie de la Résistance. Face à cette inégalité, le but de ce texte est d’élucider deux grandes questions au sujet des Résistantes : premièrement, qui sont-elles et pourquoi s’engagent-elles dans la Résistance? Deuxièmement, quels rôles occupent-elles dans les réseaux résistants, et comment ces rôles correspondent-ils au statut des femmes d’avant la guerre? Avant d’attaquer ces questions directement, il faut toutefois expliquer brièvement le contexte historique de la Résistance et comprendre la situation féminine avant la guerre.

La Résistance

            La Résistance française est un phénomène singulier. D’une part, elle est un phénomène patriotique, le soulèvement général d’une population contre son envahisseur; d’autre part, elle est l’œuvre d’une multitude de groupes hétéroclites et d’idéologies contradictoires unifiées sous les circonstances extraordinaires de l’Occupation[9]. Née d’abord d’un refus personnel d’accepter la défaite et la collaboration, elle est propulsée au-devant de la conscience nationale française dès la déclaration de l’armistice[10]. Au départ, la Résistance s’exprime par « des petits refus »[11] et par des actes de dissidence plus ou moins bénins : sabotage de lignes téléphoniques, graffitis, insolence envers les Allemands, manifestations patriotiques et dissémination de propagande, par exemple[12]. De 1940 à 1942, la Résistance demeure largement un amalgame de groupuscules décousus et mal armés. Cependant, 1943 marque l’organisation et la formalisation de la Résistance intérieure : alors exilé en Grande-Bretagne, le préfet Jean Moulin est parachuté en zone occupée sous les ordres du général de Gaulle afin de financer et de rassembler les divers mouvements de résistance sous la bannière du Conseil national de la Résistance (CNR)[13]. De plus, les rangs du Maquis français s’enrichissent dès 1943 de jeunes Français fuyant le Service du travail obligatoire (STO), soit une période de travail forcé en Allemagne[14]. Ayant désormais un ami organisé en sol français, le commandement allié peut inclure la Résistance dans ses plans pour la Libération. À l’été 1944, dans le cadre de l’opération Overlord, les Résistants et les Résistantes jouent un rôle précieux dans le sabotage des communications et de la logistique allemandes et livrent une guérilla féroce contre l’occupant[15]. Le 25 août 1944, Paris est libérée : le général de Gaulle, surnommé « le Libérateur », défile sur les Champs-Élysées. Une péripétie s’achève dans l’histoire de la France, mais une autre la succédera sous peu.

La condition féminine en France de 1914-1940

            Avant d’entreprendre l’étude des Résistantes, il faut d’abord comprendre la condition sociale et culturelle des femmes en France entre les deux guerres mondiales. Par-dessus tout, il faut retenir que la position des femmes françaises demeure hautement inégale vis-à-vis leurs homologues masculins au moment de l’Occupation[16]. Depuis l’armistice de 1918 et la reconstruction subséquente de la société française, elles doivent endurer le poids d’une lourde perte démographique et économique : parmi les injustices, elles sont accusées d’être responsables du décroissement des taux de natalité français et de provoquer par conséquent la dégénérescence nationale. Ce raisonnement facilite la montée de mouvements natalistes dont la plupart prônent avec ardeur un renforcement des rôles familiaux traditionnels : selon ces rôles, la tâche première de la femme est de créer et d’élever des enfants[17]. Toujours considérées comme mineures devant la loi, incapables de participer à la politique française[18] et contraintes par des attentes rigides à l’égard de leur rôle et de leur comportement, elles se voient placées en position précaire dès la mobilisation de 1939[19]. Avec la mobilisation brusque de 4,5 millions d’hommes français, les femmes doivent adopter de nouveaux rôles dans la société civile : en un mot, elles doivent désormais remplir les fonctions civiles des hommes tout en assurant le bien-être de leurs familles[20]. Tôt ou tard, elles se sont également impliquées dans les fonctions militaires de leur pays. Ainsi surgit la question centrale de ce texte : de quelle façon les femmes ont-elles participé à la Résistance française?  

Qui sont les Résistantes?

            Comment aborder le sujet des femmes résistantes en France? Avant tout, il faut accepter que si les Résistantes ont un but commun—c’est-à-dire de chasser les occupants de la France—leur participation n’est pas pour autant un phénomène uniforme ou homogène. Au contraire, leurs identités et leurs motivations sont aussi variées que celles des hommes[21]. Autrement dit, il faut éviter d’essentialiser la participation féminine aux mouvements de la Résistance intérieure française, sans quoi son histoire sera perdue au mythe[22].

            Quels traits communs peut-on tracer entre ces femmes? D’abord, elles sont principalement des jeunes Françaises non mariées[23]. Jeunes, car elles ont toujours la santé physique pour effectuer un travail rigoureux; Françaises, pour la simple raison de l’espace géographique de l’Occupation; et non mariées, car le devoir familial entrave sévèrement les tâches militaires, quoiqu’il ne les empêche pas définitivement[24]. Néanmoins, comme il est mentionné plus tôt, ces traits ne sont ni définitifs, ni présents chez toutes les Résistantes. Un bon nombre de Résistantes sont des immigrantes ou des réfugiées provenant d’une panoplie de pays européens : des Italiennes, des Allemandes, des Espagnoles et des Polonaises, entre autres, qui fuient leurs pays d’origine pour ensuite joindre les rangs de la Résistance française[25]. De plus, plusieurs Résistantes étaient aussi des mères de famille. Lucie Aubrac, nommée plus tôt, accouche de son deuxième enfant en 1944, alors qu’elle lutte toujours contre l’occupation allemande[26]. En 1944, elle explique sur les ondes de la BBC son engagement en tant que mère de famille et résistante : « Notre foyer disloqué, nos enfants mal chaussés, mal vêtus, mal nourris, ont fait de notre vie, depuis 1940, une bataille de chaque instant contre les Allemands. Bataille pour les nôtres, certes, mais aussi bataille de solidarité pour tous ceux qu’a durement touché l’Occupation nazie »[27]. Comme le souligne Mme Aubrac dans son témoignage, la misère de l’Occupation pousse plusieurs femmes à résister. En général, les femmes participent à la Résistance pour des raisons comparables à celles des hommes; soit par patriotisme, par un refus de se subordonner aux Allemands, par mécanisme de survie ou par une multiplicité de croyances politiques[28]. Jeanne Bohec, chimiste dans les Forces françaises libres, conte : « Lorsque les Allemands envahirent notre pays, je refusai d’envisager la défaite, d’accepter l’armistice. Je craignais également d’être obligée de travailler pour les Allemands si je restais sur place. Je n’hésitai donc pas et, malgré l’incompréhension de mon entourage, je cherchai à partir pour l’Angleterre. »[29]

Cependant, il faut noter que la résistance féminine diffère de celle des hommes en quelques sens. Par exemple, les femmes ne sont pas directement ciblées par l’imposition du STO en 1943[30]. Conséquemment, la prise du maquis pour éviter le travail obligatoire peut être défini comme un phénomène exclusivement masculin. Cependant, l’introduction du STO a un effet considérable sur la résistance féminine : certaines femmes doivent suivre leurs maris en prenant le maquis; d’autres deviennent complices à la Résistance en hébergeant des réfractaires[31]. Ainsi, les femmes sont entraînées, consciemment ou non, dans les premiers réseaux de la Résistance intérieure. Pour les femmes mariées dont les maris sont Résistants, l’action et l’inaction ont des conséquences comparables : qu’elles approuvent passivement de la dissidence de leurs maris ou qu’elles participent activement à la Résistance, toute découverte par les autorités allemandes ou vichyistes mènerait sans doute à l’emprisonnement ou à la déportation[32]. En fait, dans le Nord-Pas-de-Calais, près d’un quart des femmes arrêtées par les Allemands le sont « non en tant qu’auteurs d’actes autonomes d’un acte délictueux mais comme complices au sein du couple ou du foyer »[33]. Elles n’ont plus le privilège d’être neutres.

La participation des femmes à la Résistance se distingue également de celle de hommes par sa transgression occasionnelle des normes traditionnelles du genre. En participant aux combats de la Résistance, les hommes n’ont pas à se travestir ou à trahir leur identité de genre; certaines femmes oui[34]. Le feu, le combat et la guerre appartiennent depuis longtemps à l’identité masculine—or, les femmes doivent parfois compromettre leurs rôles établis dans la société française afin de résister activement à l’envahisseur[35]. Selon les conceptions de l’époque, les femmes sont nées pour être mères; leurs rôles prioritaires sont ceux de génitrice et de ménagère[36]. L’historienne Marie-France Brive ajoute que : « Pour les hommes, la lutte dans la Résistance ne remet en cause aucune des valeurs idéologiques qui avaient constitué leur identité masculine : le courage militaire, le port des armes, le combat qui risque de leur apporter la mort mais aussi l’accès au statut de héros—car le combat contre l’occupant reste très longtemps par trop inégal »[37]. Contrairement aux hommes français qui doivent recréer leur identité virile après l’humiliante défaite de 1940, les femmes doivent se forger une identité nouvelle au sein de la Résistance—même si, comme l’expliquera la prochaine partie de ce texte, leurs tâches ressemblaient beaucoup à leurs métiers d’avant-guerre[38]. Marie-France Brive continue : « Les femmes se trouvent ainsi renvoyées à une double image qui ignore l’originalité de leur démarche : ou elles sont identifiées à l’homme […] ou elles sont réduites à leur situation familiale, définie par rapport à l’autre, épouse, mère, fille, sœur »[39]. Pourtant, le rôle des Résistantes est loin de correspondre parfaitement à ces deux images. Malgré leur restriction à des tâches majoritairement auxiliaires, les femmes de la Résistance réussissent à défier les normes genrées de leur époque.

            Que font les Résistantes?

            Les tâches des Résistantes correspondent principalement aux rôles traditionnels qui leur étaient imposés avant l’Occupation. « Cuisiner, coudre et laver sont des savoir-faire féminins, clés d’une vision du monde qui rythme la vie par des rites de la naissance à la mort, » écrit Christine Bard, spécialiste des femmes françaises au 20e siècle[40]. Pour les Résistantes, on peut ajouter l’hébergement, la propagande et les travaux de liaison; presque toujours en positions subordonnées aux hommes[41]. Certaines femmes participent aux attentats, aux opérations de sabotage et aux combats armés, quoique très rarement. Exceptionnellement, certaines femmes assument des positions de commandement : en 1941, Marie-Madeleine Fourcade devient chef du réseau de renseignement Alliance et commande ses 3 000 agents jusqu’à l’effondrement du réseau en 1943[42]. Afin de mieux expliquer l’engagement féminin dans la Résistance, la prochaine section explorera en plus grand détail les tâches mentionnées ci-haut.

            Premièrement, les Résistantes jouent un rôle important dans l’hébergement de réfractaires et dans l’évasion d’individus qui tentent de fuir le pays. Ces tâches reflètent bien le rôle social des femmes : en tant que nourricières et ménagères pour les réfugiés, elles peuvent participer à la Résistance sans trop trahir leur identité de genre[43]. En revanche, il ne faut pas croire que c’est un métier sans danger, car ces femmes reçoivent des clandestins de tous les pays et doivent souvent les accompagner sur le terrain afin de franchir les obstacles naturels ou militaires de la région[44]. Par exemple, la sœur Hélène Studler crée dès 1940 un réseau d’évasion autour de la ville de Metz afin de faciliter l’évasion de prisonniers de guerre français détenus en Allemagne et de guider leur retour en France. Menacée et arrêtée par la Gestapo, elle continue son travail jusqu’à son décès en 1944. En tout, il est estimé que la sœur Hélène a contribué à la libération de deux mille prisonniers de guerre français, dont nul autre que François Mitterand, futur président de la République[45].

            Deuxièmement, les femmes ont participé en grands nombres à la rédaction et à la dissémination de propagande résistante[46]. Étant donné le contenu antiallemand ou anti-vichyiste des tracts et des journaux clandestins, les enjeux de ces opérations de propagande sont bien élevés[47]. Tout comme pour leur participation dans l’hébergement des clandestins, les femmes peuvent servir de typographes, de dactylographes, de distributrices ou d’autrices sans abandonner complètement leur rôle social de femme[48]. Christine Bard précise que malgré l’existence de plusieurs journaux clandestins destinés aux femmes françaises, leur distribution est habituellement restreinte à des quartiers ou à des villages et atteint rarement l’échelon national[49]. De cette façon, les femmes restent dans les milieux auxquels elles sont familières : leur engagement à la Résistance ne les pousse pas à dépasser leur statut social[50]. Une exception serait toutefois le journal communiste Femmes françaises qui atteint les 40 000 exemplaires, et dont l’édition du 14 juillet 1944 pousse ce cri d’espoir : « 14 juillet d’espérance. Par l’insurrection nationale. Vers la victoire »[51]. Même en Grande-Bretagne, des femmes françaises s’acharnent sous les ordres du général de Gaulle à produire de la propagande antiallemande : c’est une Française, Élisabeth de Miribel, qui tape l’Appel du 18 juin pour le général[52]. Si l’impression et la distribution de propagande en France demeure une activité risquée pour les Résistantes, elle devient rapidement un pilier indispensable de la Résistance[53].

            Troisièmement, les femmes aident grandement la Résistance en agissant comme agentes de liaison entre différents groupes clandestins. Puisque les groupes résistants ne peuvent pas se servir de la poste allemande, ils mobilisent leurs membres afin d’assurer le transport sûr de leurs messages, de leurs fonds et de leurs armes[54]. Dans ce cas, non seulement les femmes préservent-elles leur identité traditionnelle, mais elles prennent également avantage de certaines caractéristiques dites typiquement féminines afin d’effectuer leurs missions : dans la plupart des cas, les femmes sont considérées moins suspectes que les hommes et profitent donc d’une plus grande liberté de mouvement en zone occupée[55]. L’image classique de la jeune résistante à vélo qui charme les sentinelles allemandes pour garantir son passage est ainsi restée gravée dans l’imaginaire collectif de la Résistance[56]. De même, « les femmes, qui passent plus facilement inaperçues avec un cabas ou une voiture d’enfants, effectuent les repérages des lieux ainsi que les transports d’armes et d’explosifs avant les attentats »[57]. Quoique dangereuses, ces tâches de liaison sont cruciales.

            Finalement, il vaut la peine de souligner les travaux de certaines Résistantes qui brisent les normes sociales de leur genre et qui prennent part aux combats de la Libération. Un excellent exemple serait celui de Simone Segouin, originaire de Chartres, qui rejoint à dix-neuf ans les Francs-tireurs partisans français (FTPF) et qui se distingue lors des libérations de Chartres et de Paris. Aussi connue sous son nom de guerre, Nicole Minet, elle devient rapidement une icône de la Résistance française grâce à des photos prises par le célèbre photographe de guerre Robert Capa. Initialement affectée aux FTPF comme agente de liaison, elle démontre rapidement à ses collègues masculins une volonté de se battre à leurs côtés[58]. « Ça me plairait de tuer des Boches, » dit-elle un jour à son lieutenant[59]. Interviewée à nouveau en 2015, elle ne semble avoir changé d’idée : « Je combattais pour la Résistance, c’est tout. Si je devais recommencer, je le ferais, car je ne regrette rien. Les Allemands étaient nos ennemis, nous étions Français »[60]. Comme Simone Segouin, plusieurs autres femmes ont participé aux combats armés de la Résistance. Madeleine Riffaud s’engage par exemple à vingt ans dans les Forces françaises de l’intérieur (FFI) et prend les armes contre l’occupant. Emprisonnée et torturée par la Gestapo, elle ne cède pas. En août 1944, elle est nommée lieutenant et assume le commandement d’un détachement de trente hommes. Elle et sa compagnie réussissent quelques jours plus tard à capturer quatre-vingts soldats allemands[61].

            Ce texte serait bien sûr incomplet sans parler davantage du traitement réservé aux Résistantes qui sont capturées par les autorités allemandes ou vichyistes. Pour la plupart d’entre elles, les risques principaux sont l’internement, la torture et la déportation vers les camps de concentration de l’appareil génocidaire nazi[62]. Bien que la peine de mort soit rarement attribuée aux femmes en France, les administrations de l’Occupation n’hésitent pas à envoyer les dissidentes vers des camps de travail et d’extermination tels que Ravensbrück, Bergen-Belsen ou Auschwitz[63]. Il est difficile de connaître le nombre exact de Résistantes déportées, exécutées ou emprisonnées entre 1940 et 1944; cependant, les témoignages des Résistantes nous permettent de dire que les femmes étaient autant, sinon plus vulnérables que leurs homologues masculins à la cruauté du Troisième Reich[64]. Les occupants se livraient parfois à un sadisme sans égal lorsque venait l’heure de torturer les femmes, comme dans le cas de Klaus Barbie, infâme tortionnaire et officier de la police allemande à Lyon[65]. Ces crimes de guerre et ces violences genrées s’inscrivent dans le cadre plus large de la violence sexuelle en temps de guerre.

Conclusion

            Libératrices ou rebelles; patriotes ou mères de famille : les perceptions populaires et académiques de la participation féminine dans la Résistance intérieure française sont multiples et variées. Ce phénomène demeure toutefois occulté dans l’historiographie de la guerre, éclipsé par son équivalent masculin et relégué, consciemment ou non, à l’arrière-plan de la Résistance française[66]. Sans dégrader les exploits des hommes résistants, il est nécessaire d’écouter davantage les voix négligées de ces femmes si l’on veut comprendre plus intégralement l’essence et les nuances de la France combattante pendant la Seconde Guerre mondiale. Par leur témérité et par l’ardeur de leur combat, ces femmes réussissent à élargir leur champ de manœuvre dans la société française; certaines, comme Simone Segouin ou Marie-Madeleine Fourcade, le redéfinissent entièrement[67]. En participant à la défense de leur nation, elles expriment encore une fois leur volonté d’exercer leur citoyenneté en tant que femmes : ainsi, lorsque les Françaises obtiennent le droit de vote en 1944, ce n’est pas un virage soudain dans leur histoire, mais plutôt l’acheminement d’un long parcours de lutte pour le suffrage. À travers leur combat, les Résistantes ont voulu libérer leur pays; simultanément, elles ont contribué à leur propre émancipation.

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[1] Aubrac, R. (1997). The French Resistance, 1940-1944. Paris: Éditions Hazan, pp. 7-8.

[2] Bouteiller, C. & Saglio, B. (2002).  Les femmes de l’ombre (Témoignages de femmes engagées dans la résistance en 39-45). [Documentaire en ligne]. Consulté le 30 mars 2018. https://youtu.be/368FgLGCh0Q?t=16m30s.

[3] De l’Appel du 18 juin 1940 à la victoire des Alliés. Archives Gouvernement.fr. Consulté le 30 mars 2018. http://archives.gouvernement.fr/fillon_version2/gouvernement/de-l-appel-du-18-juin-1940-a-la-victoire-des-allies.html.

[4] Capdevila, L. (1995). « La construction du mythe résistancialiste : identité nationale et représentations de soi à la Libération (Bretagne, 1944/1945) ». Dans Sainclivier, J. & Bougeard, C. (Éds.), La Résistance et les Français : Enjeux stratégiques et environnement social. Presses universitaires de Rennes, para 1.

[5] Ibid, para 23.

[6] Brault, P., Pol, A. & Thibault, L. (2006). Les femmes et la Résistance. Thibault, L. (dir.). Paris : La Documentation française, p. 12.

[7] Thalmann, R. (1995). « L’oubli des femmes dans l’historiographie de la Résistance ». Clio. Femmes, Genre, Histoire, 1995, p. 1.

[8] Brault, P. et al, op. cit., p. 150.

[9] Brault, P. et al., op. cit., p. 4.

[10] Aubrac, R., op. cit., p. 9.

[11] Brault, P. et al., op. cit., p. 23.

[12] Aubrac, R. op. cit., p. 13.

[13] Ibid, pp. 26-27.

[14] Brault, P. et al., op. cit., p. 9.

[15] Brault, P. et al., op. cit., pp. 33-34.

[16] Ibid, p. 11.

[17] Bard, C. (2001). Les femmes dans la société française au 20e siècle. Paris : Armand Colin, pp. 22-23.

[18] Les femmes françaises n’obtiendront le droit de vote qu’en 1944.

[19] Brault, P. et al., op. cit., p. 11.

[20] Idem.

[21] Brault, P. et al., op. cit., p. 17.

[22] Schwartz, P. (1995). « Résistance et différence des sexes : bilan et perspectives ». Clio. Femmes, Genre, Histoire, 1995, pp. 3-4.

[23] Thalmann, R., op. cit., p. 2.

[24] Ibid, pp. 1-2.

[25] Marcot, F. (1993). « Les étrangers dans la résistance en France ». Vingtième Siècle, revue d’histoire, 1993, p. 114.

[26] Aubrac, L. (1984). Ils partiront dans l’ivresse, Lyon : mai 1943, Londres : février 1944. Paris : Éditions du Seuil, p. 13.

[27] Aubrac, L. (1944). Citée dans Brault, P. et al., op. cit., p. 17.

[28] Brault, L. et al., op. cit., p. 48.

[29] Ibid, p. 22.

[30] Aubrac, R., op. cit., p. 24.

[31] Brault, L. et al., op. cit., p. 22.

[32] Ibid, p. 18.

[33] Vast, C. (2016). “Catherine Lacour-Astol, ‘Le genre de la Résistance. La Résistance féminine dans le nord de la France’ ». Clio. Femmes, Genre, Histoire, 43, para 5.

[34] Brive, M.-F. (1995). « Les Résistantes et la Résistance ». Clio. Femmes, Genre, Histoire, 1995, p. 2.

[35] Idem.

[36] Bard, C., op. cit., p. 91 & Brive, M.-F., op. cit., p. 2.

[37] Brive, M.-F., op. cit., p. 3.

[38] Capdevila, L. (2001). « The Quest for Masculinity in a Defeated France, 1940-1945 ». Contemporary European History, 10(3), p. 428.

[39] Brive, M.-F., op. cit., p. 3.

[40] Bard, C., op. cit., p. 62.

[41] Brault, L. et al., op. cit., p. 13.

[42] Brault, L. et al., op. cit., p. 38.

[43] Ibid, p. 19.

[44] Ibid, p. 25.

[45] Ibid, p. 27.

[46] Ibid, pp. 18, 20.

[47] Aubrac, R., op. cit., pp. 17-18. Cela étant dit, la presse résistante s’avère particulièrement efficace, d’une part pour le recrutement de nouveaux membres dans les réseaux, et d’autre part pour contrer la propagande allemande ou vichyiste.

[48] Bard, C., op. cit., p. 143.

[49] Ibid, p. 143.

[50] Idem.

[51] « Union des femmes françaises (1944) ». Femmes françaises. Consulté le 4 avril 2018. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k873631d?rk=42918;4

[52] Brault, L. et al., op. cit., p. 20.

[53] Aubrac, R., op. cit., p. 18.

[54] Brault, L. et al., op. cit., p. 101.

[55] Thalmann, R., op. cit., p. 4.

[56] Schwartz, P., op. cit., p. 4.

[57] Thalmann, R., op. cit., p. 4.

[58] Belden, J. (1944, 4 septembre). « The Girl Partisan of Chartres ». TIME, p. 23.

[59] Idem.

[60] « L’incroyable histoire de Simone Segouin, la jeune femme qui a permis l’arrestation de 25 soldats allemands à seulement 18 ans en 1944 ». Atlantico.fr. Consulté le 4 avril 2018. http://www.atlantico.fr/decryptage/histoire-simone-segouin-jeune-femme-qui-permis-arrestation-25-soldats-allemands-seulement-18-ans-en-1944-2306570.html.

[61] Brault, L. et al., op. cit., p. 121.

[62] Ibid, p. 127.

[63] Idem.

[64] Idem.

[65] Doman, N. R. (1989). « Aftermath of Nuremberg: The trial of Klaus Barbie ». University of Colorado Law Review 60(3), p. 449.

[66] Thalmann, R., op. cit., p. 1.

[67] Capdevila, L. (2000). « La mobilisation des femmes dans la France combattante (1940-1945) ». Clio. Histoire, femmes et société, 2000(12), p. 11.